Le compost, un médiateur social ?

compost

Bientôt midi, certains commencent à lorgner les assiettes d’amuse-gueules qui recouvrent les tables disposées pour l’occasion. Il faudra patienter. La cinquantaine de personnes présentes ce samedi matin n’échappe pas au discours du maire d’arrondissement, venu spécialement pour l’occasion. Les deux chorales du quartier ont également fait le déplacement, et ont gratifié le public de quelques chansons. Il fait beau, tout le monde semble satisfait d’avoir les pieds dans l’herbe. À la Duchère, une inauguration dans la verdure, cela n’arrive pas tous les jours. Les hautes tours de ce quartier lyonnais « de l’autre côté du périphérique » sont à moins de 100 mètres. Le correspondant du Progrès s’est également déplacé pour l’événement. Il écoute le maire parler de « création de lien social »… Assiste-t-on à l’inauguration d’un centre social, dans ce quartier en pleine « rénovation urbaine » ? Pas du tout : l’objet de tous les regards (outre les amuse-gueules) est à la lisière de la parcelle récemment défrichée : 3 bacs faits de palettes… un composteur ! Longtemps relégué au fond des jardins, voilà le composteur dans la boite à outils des urbanistes comme support de lieu de convivialité. Ce n’est pas du tout dans cet esprit que Brigitte a initié la création d’un premier bac dans le quartier, en 2010, peu après son emménagement :

Pour moi qui avais un jardin et un tas de compost pendant 30 ans, c’était devenu impensable de jeter mes déchets verts à la poubelle.Brigitte

Accompagnés puis autonomes
C’est après sa mise en place, sur un espace mis à disposition par la mairie, que la jardinière d’appartement s’est aperçue des vertus sociales du lieu : « On y croise les gens qui baladent leur chien, les enfants qui viennent amener les déchets, les gens discutent, se rencontrent, j’aurais jamais cru. » Sylvie, son chien dans les bras, confirme : « À part la fête des voisins, on n’a pas beaucoup d’occasions. Et même la fête des voisins, c’est immeuble par immeuble. » Alors Sylvie est venue « par curiosité », informée grâce à l’affichage massif réalisé par la dizaine de bénévoles dans les 4 immeubles à proximité, touchant au total 280 foyers.
Pour créer ce deuxième lieu de compostage, les habitants à l’initiative du projet ont pu s’appuyer sur l’expertise de Martin Cascaro, un jeune entrepreneur qui accompagne les collectifs du quartier pour faciliter l’émergence de nouveaux projets.
Son travail est financé par l’agglomération, dans le cadre du programme de rénovation urbaine du quartier.

Mettre en place un compost, c’est une petite action qui va vite. Si ça marche, on mettra des bacs surélevés pour initier un jardin partagé, qui est plus complexe à mettre en oeuvre sur la durée.
Martin a monté le dossier pour faire une demande d’implantation auprès de la mairie, il a contacté le service des espaces verts pour obtenir du broyat… Mais le gros du travail (dont la fabrication des bacs) a été réalisé par la petite équipe d’habitants, qui ont même mis la main à la poche pour les vis et charnières de l’installation. « À terme, ils seront complètement autonomes », précise Martin, qui accompagnera alors d’autres projets de « création de lien social autour de l’environnement ».

Fabien Ginisty

Cet article est paru dans le dossier du numéro 119 – mai 2017 consacré aux jardins ( le peuple des jardins). En vente ici.