Brexit : le choix britannique

Le 23 juin 2016, les Britanniques ont choisi de quitter l’Union européenne. Pourtant, le Royaume-Uni n’était pas dans la zone euro et n’a pas été contraint de pratiquer de politiques d’austérité. Ce vote résulte de la conjonction de deux mécontentements. D’une part, la mondialisation libérale fracture la société.
Les emplois précaires, mal rémunérés, se développent. Les classes populaires, victimes de l’automatisation et de la concurrence des pays à bas salaires, doivent accepter des baisses de salaires, de prestations sociales, de droits du travail.
Dans cette situation, les élites et les classes les plus riches peuvent être ouvertes, mondialistes et pro-européennes tandis que les classes populaires deviennent protectionnistes et nationalistes. Ceci a conduit à la montée du Front national comme à la victoire de Donald Trump. D’autre part, les peuples européens refusent la marche forcée vers une Europe fédérale, qui met en cause la démocratie et la souveraineté nationales. Ils ne veulent pas que la technocratie de Bruxelles ou les juges de la Cour de Justice du Luxembourg imposent leurs règles. En même temps, le vote britannique est aussi un refus de la solidarité en Europe (ne pas payer pour les pays les plus pauvres).

L’UE VEUT PUNIR LE ROYAUME-UNI
Ce 17 janvier, Theresa May a précisé son plan pour le Brexit : le Royaume-Uni ne se pliera pas à des règles européennes (comme la libre circulation
des travailleurs de l’UE) pour garder l’accès au marché européen. Mais Theresa May souhaite maintenir des relations privilégiées avec l’UE en signant un accord de libre-échange, ce qui minimiserait les conséquences économiques du Brexit tant pour le Royaume-Uni que pour l’UE. L’UE ne veut pas d’un tel accord et souhaite
punir le Royaume-Uni pour éviter que d’autres pays suivent son exemple. Ceci risque de conduire les multinationales à relocaliser dans l’UE leurs usines et sièges sociaux et à ce qu’une partie des activités bancaires et financières de la zone euro quitte Londres. Consciente de ce risque, Theresa May souhaite faire du Royaume-Uni un champion du libre-marché mondialisé, en partie grâce à ses liens avec les anciennes colonies britanniques. Et face à la menace d’une punition de l’UE, Londres brandit la carte du paradis fiscal et réglementaire, ce qui bénéficierait aux multinationales au détriment des peuples.
Le Brexit affaiblira peut-être l’UE, mais celle-ci s’est déjà affaiblie en s’imposant des réformes libérales et une austérité budgétaire qui ont échoué, en ne luttant pas contre la domination de la finance, en acceptant la mondialisation libérale, en ne s’engageant pas fermement dans la transition écologique, et en voulant imposer aux peuples une marche forcée vers une Europe fédérale.

Catherine Mathieu et Henri Sterdyniak, Économistes Atterrés

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