Banaliser les OGM en jouant sur les mots

OGM

Une mobilisation citoyenne intense et variée a obligé les autorités à encadrer les plantes transgéniques, et notamment à les étiqueter et à rendre publiques un certain nombre de données techniques. Bien qu’incomplet, ce cadre a, de fait, freiné leur développement. Les promoteurs des biotechnologies n’ont pas envie de rejouer cette transparence. Et tentent alors de faire croire que les nouveaux OGM ne sont pas des OGM.
Les colloques officiels sur les nouvelles techniques de modifications génétiques se multiplient. Si ces objets sont par définition des OGM, le premier travail du lobbyiste consiste à effacer ces trois lettres maudites. Ce travail de sémantique vise aussi à banaliser ces OGM. On parle de « ciseaux à ADN », « d’édition de gène », des expressions qui renvoient à un quotidien rassurant.
Les lobbies espèrent ainsi favoriser une déréglementation de ces nouveaux OGM. Depuis quelques mois, dans différents cénacles, est lancé un appel à la « science » pour enfin sortir de l’irrationalité des 20 dernières années de débat sur les plantes transgéniques. Et de façon synchrone, les parlements français, britanniques, la Commission européenne et le Science Media Center demandent que les Académies jouent le rôle de gardiennes de la « bonne science ».
Problème : les Académies ne sont pas indemnes de conflits d’intérêt. Aux États-Unis, l’Académie des sciences est financée par l’industrie. Au sein de son bureau, l’industrie occupait une place prépondérante par rapport à la société civile. Au-delà, qu’entend-on par « bonne science » ? En France, un rapport parlementaire sur le sujet est très éclairant. Il y est écrit qu’un communiqué de 107 Prix Nobel qui accuse Greenpeace de « crime contre l’humanité », c’est de la science, même si parmi eux, certains ne sont pas compétents sur le sujet en tant que prix Nobel… En revanche, l’étude de Gilles-Eric Séralini, publiée dans une revue scientifique, qui montre l’impact d’une alimentation à base de soja GM sur des rats, est qualifié « d’informations tronquées ou inexactes [qui] génèrent de l’inquiétude et de l’endoctrinement ». Quand les mots ne veulent plus rien dire, le débat public n’est plus possible.

Christophe Noisette
Inf’ogm
www.infogm.org