A Saillans, « on parle des petits » de l’économie

Ce village de Drôme, où les affaires communales sont gérées par des commissions de citoyens, vient d’organiser une Semaine de l’économie locale. Une façon de se réapproprier les questions économiques, et de soutenir les activités de proximité face aux grandes enseignes.

Il y a dans l’air de Saillans un je ne-sais-quoi de particulier, qui a retenu certains de ses nouveaux habitants et intrigue les gens de passage. Ce village de Drôme est devenu célèbre il y a deux ans, lorsque les nouveaux élus, issus d’une liste citoyenne, ont entièrement repensé le mode de décision et le fonctionnement de la mairie en s’appuyant sur les méthodes de l’éducation populaire (1). Une petite révolution qui suscite l’enthousiasme d’une partie de la population, mais aussi l’indifférence, l’incompréhension, voire le mécontentement d’une autre : « On a bousculé le consensus villageois », résume Emmanuel, documentariste et membre du « conseil des sages », une assemblée de volontaires tirés au sort qui exerce une veille sur le fonctionnement de la municipalité. La Semaine de l’économie locale, organisée mi-septembre par des élus et des habitants, a pourtant mis (presque) tout le monde d’accord : des commerçants qui n’étaient franchement pas connus pour leur soutien à la liste citoyenne ont joué le jeu. La plupart des vitrines arboraient le programme et parfois des extraits d’une exposition de portraits des « acteurs économiques de la commune ». Débats et tables-rondes thématiques  ; portes-ouvertes dans les deux espaces de coworking  ; ateliers culinaires dans les restaurants ; dégustations dans les épiceries, chez le caviste ou au tabac-presse (bière locale)  ; découverte des huiles essentielles à la pharmacie  ; ateliers artistiques ; visites guidées de la zone artisanale et des producteurs bio… « Chez l’architecte, on a imaginé un projet d’habitat partagé en jouant avec de petites maquettes », raconte Sylvie, une habitante. En bord de Drôme, des volontaires ont appris à monter un dôme géodésique et son chapiteau, qui ont abrité ensuite des séances de soins de bien-être. En tout, plus d’une quarantaine d’animations ont été proposées dans ce bourg de 1 200  habitants.

DANS LA CONTINUITÉ DE LA RÉVOLTE CONTRE LE SUPERMARCHÉ
La défense du commerce de proximité est un sujet qui rassemble : « A chaque fois qu’une boutique ferme, ça incite les gens à faire leurs courses ailleurs car ils ne trouvent plus tout sur place, et les autres magasins en pâtissent  », s’inquiète une commerçante. Le mouvement qui a donné naissance à la liste citoyenne est d’ailleurs issu en partie d’une révolte contre l’implantation d’un supermarché, en 2010. La mobilisation des habitants avait fait capoter le projet. On est tout à fait dans la continuité de la mobilisation de 2010. La majorité des acteurs sont des petites entreprises, des artisans… Alors que les gens sont bourrés de promotions proposées par les grandes surfaces, pour une fois, on parle des petits. estime Fernand Karagiannis, élu référent du groupe d’habitants qui a porté la Semaine de l’économie locale.

Producteurs de légumes ou de fromage, artisans, commerçants, artistes, restaurateurs... L'idée de mettre un visage sur tous les acteurs économiques de la commune est née lors d'une réunion entre les élus et les habitants.

Producteurs de légumes ou de fromage, artisans, commerçants, artistes, restaurateurs… L’idée de mettre un visage sur tous les acteurs économiques de la commune est née lors d’une réunion entre les élus et les habitants.

Il n’a cependant pas été facile, pour les élus et les habitants qui participent aux commissions, de s’attaquer au champ économique.

Les gens n’arrivaient pas à voir ce qu’ils pouvaient faire  : l’économie dépend de l’intercommunalité, qui a des financements et une salariée pour ça. Mais lors de la réunion traditionnelle des vœux, en début d’année, nous avons organisé des commissions thématiques et plein d’idées ont été émises.poursuit l’élu.

Parmi elles, cette semaine qu’une douzaine d’habitants a montée de bout en bout. « Notre budget ? 800 euros, se réjouit Fernand. Pourquoi  ? Parce que les habitants, les commerçants, les gens eux-mêmes, ont organisé leurs activités. » De ces quelques jours de rencontres, il reste une meilleure connaissance les uns des autres, de nouveaux liens et peut-être de nouveaux projets communs. « Je sais maintenant que je peux faire appel à plein de gens à Saillans », souligne Emmanuel. Aux yeux de Fernand, c’est un premier pas pour « faire bouger les choses ensemble. »

L’économie locale, ce n’est pas trop idéologique, ça n’effraie pas comme peut le faire la transition énergétique. Mais en laissant s’exprimer les gens, l’intelligence va se faire. On n’a pas besoin de le marteler.Fernand

C’est comme ça que la liste a remporté les élections, en 2014 : sans afficher de programme, mais en faisant appel à l’intelligence collective.

Lisa Giachino

1 – Lire notre reportage sur Saillans dans le n°88 de L’ÂdF

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