A l’école de la nature

l'école au jardin

En poussant le portail de l’école maternelle Jacqueline, à Strasbourg, on découvre des framboisiers qui foisonnent. « C’était un jardin classique. On le laisse s’ensauvager, en ménageant des passages pour les enfants », explique Joëlle Quintin, salariée d’une association d’accompagnement à la création de jardins scolaires. Avec Frédérique De March et Claude Roubert, deux institutrices, elle a visité en Suisse un jardin d’enfants dont les élèves sortent en forêt deux fois par semaine, puis elles ont adapté le concept à l’école publique française et au milieu urbain dans lequel elles se trouvaient. Cela fait cinq ans que les deux enseignantes sortent tous les jours avec leurs élèves, par tous les temps. À l’extérieur des salles de classe, il y a bien sûr la traditionnelle cour goudronnée et son éternel toboggan. Mais on trouve aussi le jardin des deux institutrices, qui y ont installé des plantes, des cailloux, des troncs et des branches, une butte à escalader, des sentiers… et même un petit ruisseau dans lequel les enfants peuvent patouiller ! Chaque enfant est occupé à courir, creuser, gratter, construire, transporter, faire du bruit… Frédérique et Claude ont découvert à quel point les actions en extérieur facilitaient les apprentissages.
Frédérique : – Le jardin permet d’entrer concrètement dans la langue. « Il pleut, on est mouillé… Tu as froid ? Je vais réchauffer tes mains… »
Claude : – Selon les saisons, ils constatent que les matières changent et ils mettent des adjectifs. Le jardin donne beaucoup de souvenirs, ce qu’on avait du mal à créer en classe. Chaque enfant n’en est pas au même stade et n’a pas besoin de faire les mêmes choses. Chacun poursuit son projet, comme chercher des escargots ou planter un fraisier. Avec le conseiller pédagogique, on a fabriqué des grilles d’observation : on sait où en est chaque enfant.
Frédérique : – En fonction de nos observations, on met en place des actions. Au début, on ne sort rien : ils découvrent avec les mains, la bouche… Puis, on ramène des brouettes, par exemple. Pour utiliser la grande brouette, les enfants devront coopérer ! Ils sont face à des problèmes, ils sont acteurs.
Claude : – Dans la pédagogie traditionnelle, l’enseignant est au centre. Nous, on est à l’extérieur. On observe, et on rebondit. On est là pour poser des mots.

LG

Cet article est extrait d’un reportage publié dans le n°101 de L’âdf, dans le cadre d’un dossier sur « l’école à l’air libre ».